Un Samedi au Oups

22 février 2020 à 09:51
C'est le grand jour, le jour de l'ouverture au « public », une ouverture relative du fait de l'incertitude judiciaire et également du fait des risques qu'il pourrait y avoir à laisser les portes entièrement ouvertes. « Tôt » le matin, plusieurs personnes se retrouvent au OUPS afin de préparer l'accueil du public.  Ainsi du balisage est installé afin de préserver les lieux de vie du passage, d'indiquer les sorties (le lieu est si vaste qu'il est facile de se perdre), du ménage est également effectué et une scène est installée.
Les camarades freegan d'[arest'o'chattes](lien vers leurs site ou page) débarquent avec plusieurs caisses de bananes, de mangues, d'ananas, de fraises, de courge, chou-fleurs, galettes et autre délicieuse nourriture récupérés dans les poubelles des supermarchés de l'Agglomération (c'est fou ce qu'on est prêt·e·s à jeter…). Grâce à tout cela, iels préparent pour tou·te·s un repas à prix libre pour le midi.
En fin de matinée, nous apercevons le propriétaire au pied de l'immeuble, des membres du collectif (merci à elleux qui se sont retrouvé·e·s en première ligne) vont à sa rencontre afin de discuter, celui-ci est rapidement rejoint par son huissier, la discussion bat son plein, il souhaite à tout prix entrer dans le lieu, pour faire visiter à un futur acheteur dit-il (c'est fou ce que l'occupation illégale d'un lieu a permis à ce promoteur, il a enfin réussi à trouver un potentiel acheteur en moins d'une semaine, alors que pendant 30 ans rien, merci à nous de participer à cette belle publicité !. Sachez le, si vous n'arrivez pas à vendre votre bien, appelez-nous, on s'occupe de l'occuper, vous trouverez un acheteur en moins d'une semaine « Satisfait ou Occupé ».). La discussion dure au moins une bonne heure, nous observons la scène depuis les fenêtres, celle-ci semble bon enfant excepté l'huissier qui paraît drôlement mécontent que nous ne nous exécutions pas face à ses ordres.  Sortie de nulle part, une porte qui serait soi-disant une issue de secours pour un des magasins du rez de chaussée serait bloquée par le collectif de "squatteurs", ni une ni deux Mr le Propriétaire souhaite faire fermer ce magasin pour raison de sécurité. Le collectif OUPS souhaite redynamiser le centre ville, A.D. souhaite fermer des boutiques. Il a touché juste, nous entretenons de bonne relation avec le voisinage, la majorité des commerces alentours semblent plutôt amusés de notre initiative ou en tout cas ne s'en plaignent pas. Diviser pour mieux régner, A.D. souhaite nous rendre responsable de la fermeture de ce magasin, qu'il veut voir fermé sur le champ, provoquant une esclandre dans celui-ci, faisant même sortir quelques client·e·s. Le salariées se retrouvent acculées devant les menaces du propriétaire. Il n'en démord pas, s'il ne peut pas rentrer, il ferme le magasin…
Nous provoquons une réunion entre nous pour répondre à deux questions : 
  * Est-ce qu'on laisse rentrer le propriétaire ?
  * A priori, le propriétaire aurait organisé une visite du lieu avec un potentiel acheteur, sans prise de rendez-vous préalable. Aux yeux de la loi, pour le moment, nous sommes résident·e·s, est-ce qu'un propriétaire peut visiter notre logement sans en prévenir les occupant·e·s. La réponse légale est non, il doit prendre rendez-vous et seul le futur acheteur et l'agent immobilier avec un mandat du propriétaire sont obligés d'entrer. La question est donc : « Est-ce qu'on laisse le futur acheteur et une éventuel agent immobilier rentrer, sans rendez-vous et sans mandat signé ?
Malgré la tension (aux yeux du rédacteur) c'est un chouette moment de collectif qui se joue. Le collectif vient aider les personnes en première ligne (en bas, directement confrontées au propriétaire et à l'huissier), dans la prise de décision. Le collectif permet de soutenir les décisions et de décharger, d'une certaine manière, les portes paroles de celle-ci. Il permet également de temporiser. Un constat est rapidement fait, nous ne devons pas réagir dans l'urgence et surtout pas dans des temporalité qui nous seraient imposées par l'extérieur, nous devons prendre notre temps.
Ainsi, le choix est fait de : 
  1. Ne pas laisser rentrer le propriétaire pour le moment.
  2. Pas de visites, ni de l'acheteur, ni de l'agent immobilier sans rendez-vous.
Une fois cette décision prise, et parce qu'un samedi d'hiver à Saint-Brieuc, il fait froid, chacun·e retourne à ses occupation, le propriétaire et son huissier rentrent chez eux.
« Victoire »

Samedi après midi

Le OUPS reprend son rythme, pendant qu'une délicieuse odeur de repas cuisiné avec amour parfume le bâtiment, des visiteur·euse·s se promènent dans le lieu à la recherche des œuvres d'art disséminées ça et là dans le bâtiment, des signatures apparaissent sur la pétition, des membres du collectif de La Baie Rouge installent un [infokiosque (https://infokiosques.net/spip.php?article6) dans le couloir, d'autres discutent tranquillement dans des recoins du bâtiment. 
Le spectacle de la fin de journée se prépare dans la grande pièce collective, on peut y voir une scie musicale, une magnifique valise en cuir, des rideaux de théâtre se bricole à l'aide d'un portant à vêtements, la lampe halogène fait office de projecteur...

l3ibi

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